Il y a des applications qui durent dix ans sans laisser de trace, et d'autres qui vivent à peine dix-huit mois mais qu'on n'oublie jamais. Beme fait partie de la seconde catégorie. Lancée le 17 juillet 2015 par le vidéaste Casey Neistat et Matt Hackett, ancien vice-président de l'ingénierie de Tumblr, elle a disparu des magasins d'applications le 31 janvier 2017. Elle avait pourtant une idée simple et lumineuse : partager la vraie vie, sans la mettre en scène.
Aujourd'hui, nous avions envie de lui rendre hommage.
Beme, c'était quoi ?
Beme (prononcé « beam », et qui se lit aussi « be me », « sois toi-même ») était une application de partage de courtes vidéos, d'abord sur iPhone puis sur Android à partir de mai 2016. Son fonctionnement ne ressemblait à aucun autre :
- On filmait sans regarder l'écran. Pour enregistrer, il suffisait de couvrir le capteur de proximité du téléphone, par exemple en le posant contre sa poitrine. L'écran devenait noir et la caméra arrière filmait ce que l'on avait devant soi.
- Pas d'aperçu, pas de retouche. Les clips, de quatre secondes au lancement (jusqu'à huit secondes dans les versions suivantes), étaient publiés automatiquement auprès de ses abonnés, sans possibilité de les revoir ni de les modifier.
- Pas de like, pas de cœur. Pour réagir, on envoyait en temps réel un selfie pris par la caméra frontale pendant qu'on regardait la vidéo.
- Une vidéo vue une seule fois. Une fois regardée, elle disparaissait.
Dans sa vidéo de présentation, Casey Neistat résumait le principe en une phrase : « There's no preview, there's no review, and there's never a need to look at your phone » (en français : il n'y a pas d'aperçu, pas de relecture, et jamais besoin de regarder son téléphone).
Le démarrage a été fulgurant. L'accès se faisait sur invitation, avec des codes que certains revendaient sur eBay pour 5 à 10 dollars, selon TechCrunch. En huit jours, les utilisateurs avaient partagé 1,1 million de vidéos et envoyé 2,4 millions de réactions.
Pourquoi c'était révolutionnaire
En 2015, les réseaux sociaux étaient déjà dominés par les filtres, les photos soigneusement choisies et la course aux likes. Casey Neistat le constatait lui-même : selon lui, les réseaux sociaux montraient une version très calculée de nous-mêmes, pas la réalité. Paradoxe savoureux, venant d'un créateur connu pour ses vlogs au montage millimétré.
Beme prenait le contre-pied total :
- L'authenticité brute, des années avant BeReal. Pas de pose, pas de deuxième prise : ce que vous viviez était ce que vos amis voyaient.
- Rester dans le moment. Au lieu de regarder un concert ou un coucher de soleil à travers son écran, on gardait les yeux sur la scène. Le téléphone, posé contre le cœur, devenait un simple témoin.
- Des réactions humaines plutôt que des compteurs. Casey Neistat confiait à The Verge : « Getting reactions is my favorite part of the app » (recevoir des réactions est ma partie préférée de l'application). Voir le visage de quelqu'un qui regarde votre vidéo, c'est autre chose qu'un chiffre.
Pourquoi c'est si inspirant
Oser aller contre le courant
Lancer une application sans bouton « j'aime », sans filtre et sans écran de contrôle, au moment où tout le secteur misait sur l'inverse, demandait un vrai courage. Beme a prouvé qu'une idée à contre-courant pouvait susciter un engouement immédiat : plus d'un million de vidéos partagées en huit jours.
Mettre la sincérité au centre
Beme partait d'une conviction : ce qui a de la valeur, ce sont les vraies personnes et les vrais moments. Cette idée nous parle particulièrement. Sur Meilleur Parrain, nous croyons aussi que les meilleures recommandations viennent de vraies personnes : c'est tout l'esprit de notre marketplace des annonces, où des particuliers partagent sincèrement les services qu'ils utilisent eux-mêmes.
Un héritage bien vivant
L'application a fermé, mais son idée lui a survécu. Les apps qui invitent aujourd'hui à partager un instant sans retouche, comme BeReal, s'inscrivent dans la même envie de spontanéité que Beme avait explorée bien avant elles.
La suite de l'histoire : CNN, puis la fin
Le 28 novembre 2016, CNN annonce le rachat de Beme. Le montant n'a pas été communiqué officiellement ; selon la presse américaine (The Wall Street Journal), l'opération était évaluée à environ 25 millions de dollars. Les onze membres de l'équipe rejoignent CNN pour créer une nouvelle marque média autour de la vidéo d'actualité, et l'application est fermée le 31 janvier 2017. Les utilisateurs ont pu télécharger leurs vidéos avant la fermeture.
Matt Hackett l'écrivait alors sur Medium : l'équipe devait dire au revoir à Beme pour se consacrer pleinement à un nouveau projet. Ce projet, Beme News, n'a pas trouvé sa voie : début 2018, Casey Neistat et Matt Hackett quittent CNN et l'aventure Beme s'arrête, comme l'ont rapporté BuzzFeed News puis Variety.
Ce qu'on en retient
- Une bonne idée n'a pas besoin de durer longtemps pour marquer son époque.
- La simplicité est une force : un capteur, un geste, et tout un rapport aux réseaux sociaux bousculé.
- L'authenticité finit toujours par revenir à la mode.
Questions fréquentes
Quand l'application Beme a-t-elle été lancée ?
Le 17 juillet 2015 sur iPhone, par Casey Neistat et Matt Hackett. Une version Android est sortie en mai 2016.
Comment fonctionnait Beme ?
On couvrait le capteur de proximité du téléphone (par exemple contre sa poitrine) pour filmer un court clip, publié automatiquement sans aperçu ni retouche. Les spectateurs réagissaient en envoyant un selfie.
Pourquoi Beme a-t-elle fermé ?
Après son rachat par CNN, annoncé le 28 novembre 2016, l'équipe a rejoint la chaîne pour lancer un nouveau projet média et l'application a été fermée le 31 janvier 2017.
Combien CNN a-t-il payé pour Beme ?
Le montant n'a pas été officialisé. Selon The Wall Street Journal, le rachat était évalué à environ 25 millions de dollars.
RIP Beme
Beme n'a vécu qu'un an et demi, mais elle nous a laissé une belle leçon : on peut partager sa vie sans la maquiller, et une réaction sincère vaut mieux que mille compteurs. Merci à Casey Neistat, à Matt Hackett et à toute leur équipe d'avoir osé. RIP Beme.
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La rédaction Meilleur Parrain